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Interview du nouveau Président Michel CADOT

Suite au départ de Jean Castex , l’Agence nationale du Sport a désigné son nouveau président, Michel Cadot. Ancien Préfet d’Ile-de-France , son arrivée concorde avec le lancement du grand plan de relance pour le sport et de l’implantation de l’Agence dans les territoires.

L’ Agence : Par rapport à votre parcours, vous avez été préfet, dans plusieurs territoires, vous avez une bonne connaissance des territoires mais aussi du sport, déjà par votre nature, vous êtes délégué interministériel des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris. Qu’est-ce que ce parcours vous a apporté, qu’est-ce qu’il vous apporte et qu’est-ce qu’il va vous apporter ?

Michel Cadot : Mon parcours professionnel est essentiellement un parcours préfectoral, celui de sous-préfet, de secrétaire général de préfecture, de préfet dans plusieurs départements en France métropolitaine, outre-mer (je suis resté 4 ans préfet en Martinique par exemple) et de préfet de région dans plusieurs régions françaises. Il m’a permis dans chacun de ces postes d’être en contact proche, régulier et constant avec le monde sportif, avec les clubs sportifs, avec les collectivités qui organisaient des manifestations, avec des comités régionaux et départementaux sportifs, pour l’autorisation de l’organisation des épreuves sportives enfin. Le sport est une composante importante dans les territoires et en tant que préfet représentant de l’Etat dans ces territoires, j’étais en contact fréquent, confiant et agréable avec le monde sportif. C’est d’abord cela que ce métier m’a apporté.

J’ai également occupé des postes de cabinets ministériels, aux ministères de l’intérieur, de l’agriculture, à Matignon, avant d’être préfet de Police puis préfet de la région Ile de France. Tous ces postes m’ont mis en contact avec le monde sportif, et m’ont apporté une bonne connaissance des prises de décisions dans l’environnement du sport auprès des collectivités territoriales. Pour le reste, par mon implication dans les quartiers, en utilisant le sport comme vecteur d’insertion et de cohésion dans les territoires fragiles, j’ai été amené à fréquenter d’assez près certaines fédérations et certains clubs. Enfin, mes contacts personnels et familiaux m’ont permis de participer aux activités sportives de tout niveau et au final à passer de nombreuses journées au bord des bassins et des terrains de compétition.

L’ Agence :Justement, quel concept faites-vous de l’impact du sport dans les territoires ? Des jeunes dans la société en général mais surtout dans les territoires ?

Michel Cadot : Je pense que cet impact est essentiel, il crée du lien social, des échanges entre mondes qui souvent ne se parlent pas naturellement ; il rapproche les générations, les milieux sociaux, etc…. Le sport crée un lien fort, concrétise un élément réel de fraternité républicaine, en rassemblant femmes et hommes dans une passion partagée. C’est donc tout d’abord un impact de lien social à un moment où notre pays a besoin de renforcer ces liens, aussi bien dans les zones rurales les plus fragiles, que dans les quartiers les plus difficiles.
Je pense aussi qu’il a un impact économique et environnemental important. Le sport permet à beaucoup de jeunes de construire leur évolution personnelle et professionnelle. Vous savez combien les Jeux Olympiques et Paralympiques peuvent conduire à accélérer l’amélioration environnementale ou la qualité de notre vie collective : développement de la qualité de l’eau sur la Seine, plan vélo, village olympique, zéro carbone, etc..
Enfin, le sport a un impact sur la prévention des difficultés de santé, et peut-être un outil de prévention efficace pour certaines maladies ; la pratique sportive a un impact très fort sur la qualité de vie et donc la santé des citoyens.

L’ Agence :Pour revenir au parcours, vous pensiez prendre votre retraite ?

Michel Cadot : (Non de la tête) C’est vous qui le dites !

L’ Agence : On vous a nommé capitaine de l’Agence nationale du Sport, quelles ont été vos motivations ?

Michel Cadot : A la présidence du conseil d’administration de l’Agence nationale du sport, je souhaite que les jeux olympiques et paralympiques soient un accélérateur du renforcement du modèle sportif français. Ils peuvent permettre, sur la haute performance, d’aller plus loin pour obtenir des médailles dans la mesure où nous serons pays hôte en 2024. Les Jeux contribueront à convaincre les Français de l’intérêt d’une pratique sportive.

Quels sont mes projets à la présidence de l’agence ? D’abord, accompagner la structuration de cette agence qui est encore jeune. Elle a été créée il y a 18 mois. En 18 mois, elle a effectué un parcours remarquable, ses textes constitutifs ont été pris, et ses équipes constituées. Il reste désormais à finaliser l’organisation régionale et départementale dont les textes d’organisation sont actuellement au Conseil d’Etat. Il faudra dans les prochaines semaines élaborer avec les collectivités locales et le monde sportif un projet territorial régional et que soient arrêtés les choix financiers correspondants. Au côté des équipes de l’Agence sous la direction de Frédéric Sanaur, je veillerai à faciliter la réussite de cette étape par un dialogue continu. En résumé, la motivation essentielle est de développer en France les pratiques et les réussites sportives.

L’ Agence : "Faire de la France une nation sportive"

Michel Cadot : C’est la formule.

L’ Agence : Nous allons passer passer à la partie de la place du sport en France. C’est un peu malmené, je ne sais pas si vous avez pu lire La Tribune dans le monde du 15 septembre dernier, tribunal auquel d’ailleurs le mouvement sportif a répondu il y quelques jours.

Michel Cadot : Le mouvement sportif a répondu de manière mesurée en expliquant que ce n’était pas en s’opposant et en stigmatisant qu’on faisait avancer les choses.

L’ Agence : Dans ce contexte économique, on peut imaginer que le sport est un peu malmené. Comment voyez-vous les choses ? Comment souhaitez-vous avoir un effet positif ? Aller de l’avant ?

Michel Cadot : Je pense que pour aller de l’avant, il faut qu’il y ait une exemplarité dans la façon dont l’Agence nationale du sport et le monde sportif en général se comportent. Une question d’exigence pour les dirigeants ; une exigence de qualité, d’exemplarité qu’on doit s’appliquer chacun dans sa fonction quand on a une responsabilité dirigeante ou de conduite ou de participation à une équipe.

Je pense aussi qu’il faut être intransigeant quand il y a des dérives, quelles qu’elles soient, sur ces différentes dérives il faut être très ferme. Pour le reste, je pense aussi qu’il faut concevoir que le sport permet d’être équilibré dans sa personnalité, que c’est une occasion d’être au mieux dans son corps et sa tête d’aller plus loin et de s’améliorer et donc d’une certaine façon aussi d’éviter ces dérives.

L’ Agence : Votre soutien sera dans cette rigueur que vous avez.

Michel Cadot : L’exemple, ou plutôt la diffusion d’exemples positifs, d’exemples magnifiques, comme quand on voit certains sportifs dignes d’admiration comme Tony Estanguet ou Martin Fourcade comptent beaucoup. On sent bien que le pays et que les gens admirent ces hommes, ces héros modernes ! Et l’enjeu c’est de donner à voir ce qu’on est capable de faire par le sport dans l’olympisme et le paralympisme, ce que le sport peut vous apporter, dans votre vie personnelle, comme envie, comme fierté, comme courage pour finalement exprimer ce que toute personne a en elle, en réserves de talent, de capacités à développer, d’esprit d’équipe.

L’ Agence : Quels sont selon vous les défis majeurs que va traverser le sport ces prochaines années ?

Michel Cadot : Il y a un défi majeur qui est celui de sortir des difficultés économiques que connaissent en ce moment la plupart des clubs et le monde sportif. Les problèmes financiers résultant de la contamination covid et de l’annulation d’un très grand nombre d’évènements et de limitation de leur jauge, ont fortement fragilisé le secteur sportif. La première exigence est bien évidemment de sortir de cette période difficile et de maintenir notre système sportif dans de bonnes conditions. Le gouvernement s’y emploie autant qu’il est possible.
Au-delà, il y aura des transformations plus profondes, que révèle cette crise sanitaire et qui sont sans doute plus fondamentales : un comportement plus mobile de la pratique sportive et un peu plus d’individualisme, des conditions professionnelles qui nécessitent des horaires de pratique plus diversifiés etc...
Il y a enfin des enjeux économiques liés à la diversification du financement du sport. Le système où l’Etat était le principal régulateur est en train d’évoluer.

L’ Agence : Oui et justement dans ce contexte de crise, vous pensez que ce modèle de l’agence, un peu atypique, permet de répondre beaucoup plus efficacement à la situation actuelle ? Quels sont les atouts de l’Agence ?

Michel Cadot : Je pense que pour répondre à ce défi, l’agence a la qualité d’être une structure plus réactive que le dispositif précédent. Regardez les 15 millions d’euros qui ont été mobilisés sur le fonds territorial de solidarité, cela a été fait très rapidement et l’Agence a une grande réactivité dans la programmation et le paiement.
L’Agence nationale du Sport bénéficie également de la confiance et de l’engagement dans la durée de la part du gouvernement. Les 120 millions d’euros qui ont été affectés à l’Agence du sport sont une nouvelle marque de confiance. Les équipes en place sont d’une très grande qualité.
Enfin, le dispositif est réactif et pragmatique et permet de définir les orientations de manière partagée entre l’Etat, le monde sportif et les collectivités locales. J’ai constaté lors de la dernière assemblée générale combien l’agence pouvait être un lien d’échange et de construction permettant de fédérer les positions. Les régions y sont représentées, des parlementaires, le monde sportif, les présidents de grandes fédérations y assistent. Ce modèle permet de décloisonner, et de mobiliser, dans une même volonté la diffusion de la pratique sportive et la performance.

L’ Agence : Quel est l’objectif du nombre de médailles à paris 2024 ?

Michel Cadot : Vous vous souvenez que Laura Flessel parlait de 80 médailles ! Cela fait 100 ans que nous n’avons pas accueilli des jeux olympiques et paralympiques d’été en France. Nous devons avoir un nombre de médailles et de médailles d’or qui correspondent à la capacité de notre pays et à l’atout d’être pays hôte. Je pense que la perspective des jeux olympiques va être un formidable accélérateur et que l’on peut ambitionner un nombre élevé de médailles. Ce n’est peut-être pas la réponse chiffrée que vous attendiez mais ce qui compte c’est l’ambition d’abord. Il faut la soutenir, en améliorant un peu notre système de performance et en accompagnant davantage les sportifs de très haut niveau, ceux qui sont médaillables, pour qu’ils puissent se consacrer dans les trois ans qui viennent à la préparation des jeux comme ont su le faire les sportifs et les fédérations du système anglo-saxon. Il va falloir aider ces sportifs de haut niveau à se consacrer de manière encore plus intense à la préparation pour aller sur les marches du podium en 2024.

L’ Agence : On nous a dit que l’on vous appelait « Monsieur JO ». D’où vient ce surnom ?

Michel Cadot : Ah bon ? Certainement parce que je suis aujourd’hui le Délégué interministériel aux Jeux Olympiques et Paralympiques. Je crois dans la valeur des jeux parce qu’ils représentent un moment de partage national, de rapprochement et finalement d’ouverture pour notre pays. C’est une période exceptionnelle pour tous les Français. Je mesure combien finalement cet événement est à même de susciter la mobilisation des énergies et la réussite qui marquera les mémoires et la fierté de notre pays. C’est dans ce sens que je ne suis certainement pas LE seul "Monsieur JO" mais bien qu’il doit y avoir en France des millions de personnes partageant l’engagement dans le projet olympique.

L’ Agence : Quel est votre plus beau souvenir de sport ?

Michel Cadot : Je pourrais évidement vous parler de mes souvenirs lors des Jeux olympiques d’Athènes ou de la coupe du monde de 1998 auxquels j’assistais. Mais finalement, mon plus beau souvenir est en fait celui des victoires quotidiennes dans les pratiques sportives effectuées en famille, entre amis ou à titre individuel, il n’y a pas pour moi "un" plus beau souvenir de sports mais d’innombrables souvenirs magnifiques de victoires quotidiennes, de moments de fierté et d’harmonie que m’a apporté le sport dans plusieurs disciplines sportives. Le sport est important dans ma vie de tous les jours.

L’ Agence : On se retrouve dans 3 mois pour une nouvelle interview alors. Merci à vous.

Michel Cadot : Merci.

Dernière mise à jour le 30 septembre 2020
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